Echos de Seine Oise


Echo sur la septième conversation de Ville d’Avray le 0510-2019

« Féminité et ravage(s) »

 

Leila Bouchentouf-Lavoine

La VIIème Conversation de Ville d’Avray organisée par l’ACF Ile de France nous a réunis samedi 5 octobre autour du thème « Féminité et ravage(s) ». Ligia Gorini a accepté d’être l’extime pour cette Conversation préparatoire aux 49èmes Journées de l’ECF : « Femmes en psychanalyse ». Marga Auré, Pierre-Ludovic Lavoine, Romain Lardjane et Liliana Salazar-Redon ont chacun déplié un cas de leur pratique analytique pour tenter d’articuler féminité et ravage démontrant chacun à leur manière comment la jouissance illimitée place, en effet, le ravage du côté femme des formules de la sexuation.

Ravage se conjugue donc au féminin mais aussi au pluriel puisqu’il existe plusieurs formes de ravage chez Lacan : l’une se référant au lien entre la mère et la fille « du ravage qu’est chez la femme, pour la plupart, le rapport à sa mère, d’où elle semble bien attendre comme femme plus de substance que de son père » ( l’Etourdit, 1972) et l’autre se référant à la relation amoureuse « l’homme est pour une femme tout ce qui vous plaira, une affliction pire qu’un symptôme, un ravage même » (Séminaire XXIII).

Les cas dépliés par nos collègues lors de cet après-midi d’études ont fait une large place au ravage en tant que « pillage », en tant « qu’autre face de l’amour » (Jacques-Alain Miller). Ravage synonyme de quête d’un amour éternel, que seule la menace de mort dans le réel viendra limiter, ravage comme exigence absolue d’un amour inconditionnel, ravage encore quand la question de ce qu’est être une femme déchaine des phénomènes de corps ou de violence dans une tentative désespérée d’être toute pour l’autre.

Il y aurait donc autant de ravages amoureux que de formes de féminité, le seul dénominateur commun se logeant sous le signifiant « sans limite ». L’inexistence du rapport sexuel se démontre à chaque fois. De cet après-midi riche de débats où en filigrane chacun tentait d’attraper quelque chose de la folie féminine, retenons avec Ligia Gorini que ce qui peut venir faire limite au ravage est l’identification phallique. L’enjeu pour une femme ne serait-il pas de consentir à se faire objet cause du désir et non objet de l’autre, de ne pas incarner l’objet a qui reste un terme du fantasme.

L’analyste à chaque fois, par son acte, tente de faire bord à cette jouissance féminine supplémentaire, c’est-à-dire pas toute prise dans la fonction phallique.


ECHO SUR LE DÉBAT CAFÉ PSYCHANALYSE DU 23/11/2018 AU THÉÂTRE CHÂTILLON

« HAMLET, LA QUESTION DU DÉSIR »

 

Élise Clément

 

Le vendredi 23 novembre 2018 au théâtre de Châtillon, un wedding planner au micro, sérieux comme un bouffon, sur fond de sono dansante, conviaient les spectateurs, eux aussi, à venir sur scène, pour la fête du sulfureux mariage de Gertrude et Claudius. Ces noces du sexe et de la mort qu’Hamlet dénonce un peu plus tard sur scène avec sa célèbre tirade, adaptée ici par le metteur en scène Jérémie Le Louët : « Économie ! Économie, Horatio ! Les viandes cuites des funérailles servies froides au banquet du mariage !1»

En effet, The Tragedy of Hamlet, Prince of Denmark de Shakespeare est adaptée par le metteur en scène à partir d’un travail de réécriture du texte et d’ajouts de différents textes de Freud, sans – ce qui est remarquable – que la truculence du texte shakespearien ne passe à la trappe. Alors qu’Hamlet-Le-Louët reprenait son souffle dans les coulisses, après avoir joué à faire le fou à son tour jusqu’à l’accomplissement de son destin, Pascal Pernot, l’invité du débat café-psychanalyse, rappela d’emblée que cette « tragédie du désir2 » comme la nomme Lacan, divise la théorie analytique, tout en l’intéressant de très près, depuis Freud. Tour à tour, l’énigmatique personnage procrastinateur est, selon les auteurs, logé du côté de la névrose obsessionnelle, de la mélancolie, de la schizophrénie ou encore de l’hystérie chez Freud. « Comme du bout de la plume » nous confie toutefois l’invité, une « créature poétique » ne nous enseignant que sur nos propres névroses. C’est pourquoi, depuis des siècles, Hamlet, ce bateleur qui manie magnifiquement et férocement l’équivoque signifiante sous toutes ses déclinaisons, ne cesse de regarder au plus près le « Che vuoi ? » de chacun. Les adresses au public sont nombreuses dans la mise en scène qui abondent dans ce sens : « Voilà ce que je voudrais te demander, spectateur… fantôme impuissant qui vient ici pour être au spectacle, pour écouter battre la vie d’un autre parce que tu ne peux accomplir aucune action. Ce n’est pas moi, c’est toi… c’est toi qui dis tout cela, ô spectateur. »

Si Freud se penche très tôt sur Hamlet, c’est à partir du mythe d’Œdipe, qui traite de la même matière, mais dans une version encore modifiée, et parce qu’il y voit « la progression séculaire du refoulement dans la vie affective de l’humanité3 ». L’un accomplit son vœu de mort du père sans le savoir, l’autre par ses inhibitions montre le refoulement. Le mythe d’Œdipe dont s’empare Freud à l’époque moderne a fonction de montrer que le rapport originaire à la loi se fonde sur le meurtre du père. Hamlet, par Shakespeare, en offre une structuration différente, puisqu’il s’ouvre sur le crime accompli, qui pèse cependant aussi sur la génération suivante. Le ghost du père d’Hamlet lui désigne la main criminelle de l’oncle, ce faisant la marche à suivre du fils, le venger, et lui adresse son secret, celui d’avoir été ravi dans « la fleur de ses péchés4 ». Non pas en pleine luxure, puisqu’il dort sur un lit de fleurs. C’est en revanche avec sa propre dette que le père n’est pas quitte puisqu’il ne peut plus jamais répondre de rien par ce meurtre. « Et en état de péché mortel, notez bien » insiste le metteur en scène, par la bouche d’Horatio, lorsqu’il raconte La souricière aux comédiens. Ce fameux passage de théâtre dans le théâtre, qui vise à ce que Claudius se démasque – non sans cocasserie jubilatoire pour le spectateur qui lui connaît l’artifice de la mise en abîme.

De dette, il est bien évidemment aussi question pour Jérémie Le Louët au fur et à mesure que la conversation avance. Comment justement ne pas disparaître sous le poids de Shakespeare, sa littérature colossale qui s’y consacre, comparée à la bibliothèque de Borges ? Justement en y frayant les voies de son désir avec sa compagnie Dramaticules, aussi bien par l’adaptation écrite que les trouvailles de mise en scène, mais aussi par son farouche refus du « formatage » et son goût du « décloisonnement des genres ». Un large plateau où toutes les scènes sont ainsi jouées et un agencement de l’espace scénique entre décors et objets qui inviteraient comme les coulisses sur scène. Tandis que l’usage de la vidéo live, performative, sert habilement la voix off d’Hamlet ou ses monologues, avec un jeu de lumière l’accompagnant, comme se détachant du corps pour nous faire mieux entendre encore la fonction de la voix « dans le discours le poids du sujet, son poids réel5 ». Si dans la rivalité père-fils, le fantasme de la mort du père est avant tout celui des fils nous indique Lacan, cette pièce montre aussi qu’au cœur de ce deuil impossible, entre culpabilité et objet perdu, c’est bien celui du père idéalisé qui persiste.

Avec la mise en scène de Jérémie Le Louët se serait en contre-pied « se passer de Shakespeare pour s’en servir » comme nous le propose José Rambeau… Elle n’aurait sinon peut-être jamais existé !

 

1 Shakespeare W., Hamlet, Paris, Gallimard, (traduction et édition d’Yves Bonnefoy), 1978/2016, p. 47. « Économies, économies, Horatio ! Les gâteaux du repas funèbre / ont été servis froids au festin des noces. »

2 Lacan J., Le séminaire, Livre VI, Le désir et son interprétation, (1958-1959), texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, La Martinière/Le Champ freudien éd., 2010, p. 339.

3 Freud S, L’interprétation des rêves, Seuil, Paris, 2010, p. 306.

4 Shakespeare W., Hamlet, op. cit., p. 70.

5 Lacan J., Le séminaire, Livre VI, op.cit., p. 458.


Adolescence et Réseaux Sociaux, Victime ?

Liliana Salazar-Redon

 

Ce 9 juin 2015, nous avons accueilli Philippe Lacadée à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). À travers sa conférence, il nous a transmis ce qui, d’une psychanalyse vivante et vivifiante, permet d’interpréter les discours qui entourent l’adolescent dans la modernité.

Cet événement, organisé et préparé par l’ACF Ile-de-France Ouest,  a eu lieu dans un collège public, ce qui nous a permis d’accueillir des médecins, des infirmières, des psychologues scolaires, des éducateurs, des parents d’élèves et des étudiants en psychologie.

Cet exercice de transmission auprès de partenaires non psychanalystes a été fait dans une langue simple mais rigoureuse, qui renforce le lien de transfert à la psychanalyse tissé avec certains partenaires dans notre région d’Ile de France.

A travers le thème des réseaux sociaux, nous avons mis au travail la proposition faite par PIPOL 7 de mesurer les conséquences de la victimisation généralisée aujourd’hui et de dégager les axes permettant d’introduire la question de la responsabilité.

Nous avons pu mesurer très rapidement les effets d’ouverture que cet exercice a permis, notamment à travers le projet de poursuivre la réflexion autour de cette problématique. Philippe Lacadée, avec sa proposition de définir la période de l’adolescence comme étant celle où se produit « la crise de la langue articulée à l’Autre », a pu déployer la logique qui favorise l’engouement des adolescents pour les réseaux sociaux. À partir de ce point, une réflexion s’est amorcée sur l’importance de prendre appui sur le discours psychanalytique pour éclaircir la position à partir de laquelle l’adulte répond aujourd’hui à un adolescent, réponse qui pourra  susciter en celui-ci un engagement  dans son dire.

Cette façon de faire circuler les signifiants de la psychanalyse dans la cité est en elle-même une façon de répondre au malaise  actuel à partir d’un discours et non d’une idéologie.

Soirée librairie à Versailles : Le corps des femmes

4 juin 2015

Anne-Marie Landivaux

 

« Je suis venue parce que ça s’appelle La cause du désir », nous dit cette jeune femme qui a poussé la porte de la librairie Antoine au cœur du vieux quartier Saint-Louis à Versailles – le jour où, avec Laura Sokolowsky et Romain-Pierre Renou, nous présentions le dernier  numéro de la Revue et son enquête sur Le corps des femmes.

Nous avons inauguré ces soirées autour de la Revue en 2012, répondant à l’invitation de l’École de renouveler les initiatives locales en direction d’un public pas spécialement familiarisé avec la psychanalyse. Pour ma part, je déplorais que la Revue ne soit pas davantage diffusée en librairie – sauf, bien sûr dans les grandes villes. Je me suis donc mise en quête d’un lieu susceptible de nous accueillir, et ce fut la rencontre avec Serge Bessière, libraire engagé, qui nous a fait bénéficier de son savoir-faire et de ses contacts. Je me souviens de plusieurs échanges dans « l’après –coup » où il m’avait confié qu’il avait trouvé la soirée intéressante car elle ouvrait beaucoup de perspectives et faisait travailler les neurones ! Son enthousiasme était partagé par les participants de l’atelier d’écriture qu’il avait lui-même informé. Le style des intervenants était bien apprécié. L’expérience se poursuit depuis maintenant trois ans. Serge Bessière vient de prendre sa retraite mais son successeur, Antoine Michon, est partant pour continuer.

Mon initiative, approuvée par le Bureau de l’ACF-IdF, a été soutenue par quelques collègues, dont la participation régulière a permis à l’expérience de se poursuivre. Plusieurs membres de l’École (Dominique Miller, Hélène Bonnaud, Aurélie Pfauwadel, Anaëlle Lebovits-Quenehen, Déborah Gutermann-Jacquet et, en dernier lieu, Laura Sokolowsky avec Romain-Pierre Renou) ont accepté de se déplacer jusqu’à Versailles pour présenter La Cause du désir et nous parler de leur expérience. Anaëlle est même revenue trois fois ! Tous ont su susciter une vraie rencontre avec un public plus ou moins nombreux mais vivement intéressé, et permettre aux participants de poser des questions souvent personnelles et non triviales pour les sujets concernés. Il s’est avéré que le cadre informel et le nombre assez limité de participants permettaient justement à ce type de questions de surgir.

Ce ne sont pas forcément les mêmes personnes qui reviennent. Une fois leur question précisée, elles vont éventuellement la mettre en jeu ailleurs. Ainsi, notre jeune femme de tout à l’heure, professionnelle en « développement personnel » et formée aux thérapies systémiques et comportementalistes, avait retenu de Lacan l’importance du signifiant. Elle est beaucoup intervenue au cours de cette soirée et a pu nous dire à la fin qu’elle ressentait la nécessité d’une formation permanente et aimerait participer à l’un de nos ateliers…

Gageons qu’une nouvelle aventure va commencer, avec la librairie Antoine !

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