Le traumatisme selon les jeunes

Dans une Unité clinique pour adolescents du 93

Mariana : Qu’est que le traumatisme pour vous ? Comment comprenez-vous cela ?

G : Je suis G. Je suis arrivé en France à l’âge de 7 ans, j’ai maintenant 20 ans, Je veux parler de mon enfance. C’était très dur pour moi. Là-bas dans les écoles on avait le droit de frapper les enfants. Je trouve cela inadmissible alors qu’ils n’ont rien fait ! A cause des problèmes politiques je suis venu en France. Et de coup quand je suis arrivé, je suis allé dans une école, ils ne m’ont pas gardé parce qu’ils ont dit que j’avais des difficultés, que je devais aller dans une école spécialisée. Je l’ai accepté, je me suis dis que cela faisait partie de la vie, c’est mon handicap. Donc je suis parti dans cette école spécialisée à Aubervilliers, une école très chouette ! On ne peut pas être sympathique avec tout le monde, des fois j’étais ami avec des jeunes. A l’âge de 14 ans j’ai changé d’école, je vais pas vous mentir, ce n’était pas comme dans l’autre école, c’était un internat-externat, il y avait des jeunes en difficulté, vraiment en difficulté, handicapés mentaux, trisomiques, un peu de tout quoi. On ne peut pas les juger ces gens-là. Parce que si on les juge, c’est comme si on se jugeait soi-même. Donc on ne fait pas aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. J’étais donc ami avec tous sauf avec T. qui me prenait la tête tout le temps, qui me soûlait. A 18 ans j’ai quitté l’école, on m’a dit que je trouverais un travail, je n’ai rien trouvé de tout. Je suis venu à l’UCA et puis voilà ! Je vais aussi dans un HJ, je fais des activités là-bas, j’ai un ami M. qui me fait beaucoup rigoler. Il me dit de fois : « Est ce qu’on va tous mourir un jour ? Oh Oh ! » Il m’aide à être vivant de rire !

Bon, le traumatisme est quelqu’un qui ne va pas bien. C’est avoir peur, être traumatisé, effrayé si je puis dire. Quelqu’un qui a de problèmes de santé qui croit que tout le monde est contre lui. Et surtout on peut faire un traumatisme crânien, on peut faire un traumatisme au niveau du corps. Il y a deux types de traumatisme, il y a le traumatisme mental et celui, comment dire, où on ne se sens pas bien, on ne sait pas quoi faire, on a des idées de suicide, envie de mourir, et tout ça. Moi je souhaite du courage à tous ces gens-là. Pour s’en sortit il faut aller parler aux éducateurs, à un psychologue, à une personne qu’on connait bien, à qui on peut dire ce qui ne va pas, ce qui se passe. Et la deuxième solution est par exemple si vous avez un traumatisme, vous allez dans votre chambre, en fin, moi je vais dans ma chambre, je dors un peu, j’écoute de la musique, et je me détends, je regarde le ciel… Et puis voilà ! Et quand le traumatisme revient, des idées de mort je dirais, des idées noires, des idées très très négatives, des idées qui me dévorent la tête comme si je dévorais un plat, je me bats contre. Ce sont des idées qui me font mal au cœur, qui me transpercent le cœur : la mort de mon ami Jérémie, la mort de ma tante, la mort de mon grand-père, enfin toutes les personnes que j’aimais bien. Depuis ce jour-là je ne suis plus le même. G. c’est moi, mais je fais tout un effort maintenant, je parle sincèrement avec le cœur, tout un effort pour me maîtriser, pour me faire soigner au mieux. Je ne me fais plus maîtriser par les autres. ça c’est fini, même si ce n’est pas facile tous les jours.

Un souvenir traumatique ? Oh là, j’en ai beaucoup ! Une fois je suis parti en colonie de vacances, il y a longtemps quand j’étais petit, j’avais 11 ou 12 ans, et il y avait un jeune qui a failli me pousser sous les rails d’un TGV. Le TGV arrivait, il m’a poussé et il y avait un autre jeune qui m’a rattrapé et qui m’a sauvé la vie. J’ai eu la peur de ma vie ! Le traumatisme pour moi aussi c’est hier par exemple j’ai fait un cauchemar, j’ai rêvé qu’on m’enterrait vivant. C’est horrible. La chose la plus impressionnante c’est que j’ai cru vraiment que c’était pour de vrai, que c’était réel ! Alors que ce n’était pas réel. C’était un rêve virtuel ! J’ai souvent des idées noires dans ma tête, après il y a une force en moi, une force qui peut être Dieu, ou un ange gardien, en tout cas c’est une force qui m’aide beaucoup dans la vie jusqu’au jour d’aujourd’hui. J’ai subi des choses, j’ai failli mourir quand j’étais petit, ma mère m’a sauvé la vie. Mais maintenant c’est moi qui me sauve la vie, je suis le RAID de moi-même !

S (14 ans) : Un rêve qui fait peur. Le Dr R., 14 ans, un jeu avec Nathalie.

R (16 ans) : Un traumatisme ? Lorsqu’un chat vous insulte.

K (18 ans) : Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à ce que disent les autres. Sinon on est traumatisés. Il ne faut pas être naïf, et suivre ses projets. Si on a vécu de choses douloureuses à l’enfance et même à l’adolescence, par exemple une maîtresse qui humilie ses élèves, un parent qui maltraite son enfant et que lui dit « Tu est un bon à rien. Tu fera rien de ta vie ! » ça c’est un traumatisme qui vous marque toute votre vie. J’ai lu un truc sur la résilience. Vous voyez de phrases style : « tout se joue avant 6 ans », et bien ce n’est pas vrai ! J’ai entendu une psychologue dire que la résilience c’est quand on peut toujours rebondir en fait. Tout n’est pas perdu. Tout ne se joue pas avant 6 ans, ce n’est pas vrai.

A (21 ans) : Un traumatisme pour moi c’est la suite d’un événement que peut être apparenté à un choc. Qui peut laisser de séquelles. Donc c’est cette suite avec les séquelles qui peut perdurer dans le temps, qui nécessite un certain travail sur soi pour s’en débarrasser.

Pour moi je me pose la question de comment vivre une vie, qu’on pourrait avoir, même si on n’avait pas eu ce traumatisme. Réussir en fait a continuer à vivre… Pas normalement car ce sont des choses que l’on n’oublie pas. Il faut aussi savoir vivre pour soi à bout d’un moment. Vivre pour soi, c’est énorme, parce que au début on se sens égoïste. Parce qu’au début on pense : « ma famille elle est morte », c’est une exemple, «…et moi j’ai envie d’être heureuse, je suis là, je suis égoïste », des choses comme cela. Alors que finalement ce n’est pas égoïste de tout. De toutes façons on est là. Il faut bien vivre ! Mais malgré ce qui s’est passé avant, faut pas l’oublier, comme je disais avant, mais il faut savoir vivre avec. Il faut savoir faire la part des choses et savoir ne pas se laisser influencer dans les devoirs sentimentaux, dans le souvenir, il faut réussir à faire le deuil. Finalement il y a plein de choses à faire. C’est clair qu’un traumatisme c’est un truc que l’on n’oubliera jamais. Mais il faut être super fort. Il y a des émotions mais il faut ne pas s’effondrer, arriver à pas s’apitoyer sur son sort en fait. Car j’ai l’impression que l’on sait qu’on n’est pas le seul a avoir vécu de choses comment ça. Quelqu’un qui a vécu de choses traumatiques peut servir de porte parole.

Mariana : Pensez-vous que vivre dans les banlieues c’est beaucoup plus traumatique pour les jeunes ?

A : Non pas forcement. Parce que justement dans les sociétés aisées, on demande beaucoup aux enfants, aux jeunes et même aux personnes tout court. Parce que du fait qu’elles font partie de cette population, ils ont beaucoup plus d’exigences. Pour moi, j’ai l’impression pour moi en tout cas, que quand on est dans une population pas comme la nôtre j’ai envie de dire, plus élevée au niveau financier, et bien je pense qu’ils ont plus du mal à s’y prendre au niveau humain. Pour moi c’est ça, à partir du moment où on a du mal à s’y prendre au niveau humain, avec les relations humaines, les relations sociales, etc, on risque de faire de choses que vont vraiment traumatiser l’autre personne. Bon finalement, ce n’est pas plus fréquent dans le milieu aisé, mais ce n’est pas non plus beaucoup plus fréquent dans la banlieue. Il peut y avoir des traumas dans les banlieues mais pas forcement plus souvent que dans une autre population. C’est comment chacun le vie, comment chacun vit son traumatisme. Moi je me sens plus alaise en banlieue car j’ai grandi dedans, je connais comment ça fonctionne, on sait comment se comporter. J’ai même envie de dire que des personnes qui sont en banlieue et qui sont traumatisées, comment par exemple comme disait K, un enfant qui est maltraité par ses parents, ou de choses comment cela, il aura peut-être plus de gnak, plus la force de s’en sortir, que quelqu’un qui est d’une famille où il a tout ce qu’il veut et au même temps ses parents sont très exigeants. Je pense que quelqu’un de banlieue peut avoir plus la patate pour vouloir s’en sortir et pour vouloir faire le travail sur soi-même qui est nécessaire pour. Je vis dans une cité très difficile. ça n’a pas été un traumatisme pour moi. Mais je connais des personnes pour qui le fait de vivre dans une cité difficile ça été un traumatisme. Vous savez, dans ma cité on a vécu des fusillades, des voitures brûlées, des choses comment ça. Moi cela n’a m’a pas traumatisée. Ce qui parfois m’a traumatisée c’est plutôt dans le niveau humain. C’est les relations entre les humains, c’est des actions en fait, des événements. Mais après il y a aussi les événements de la vie qui sont traumatiques. ça c’est clair ! Il y a énormément ! Mais j’ai envie de dire que quand on est traumatisé par quelqu’un d’autre, en fait c’est beaucoup plus difficile à gérer ensuite, que quand on est traumatisé par un événement.

K : Souvent dans les milieux plus riches, les parents veulent que leur enfant soit parfait. ça peut aussi être un traumatisme pour lui. Ils veulent qu’il travaille bien. Il se donne au fond dans le travail et il n’a pas envie de ça. Il veut être tranquille et voilà ! Et même quand il a des très bons résultats scolaires, ça peut vouloir rien dire.

A : Mais oui parce que du fait qu’ils aient été traumatisés eux-mêmes, ils ont peut-être tendance à reproduire le schéma peut-être et à être trop exigeants auprès de leurs enfants, mais ils ne se rendent pas compte qu’ils les traumatisent comme leurs parents les ont traumatisés peut-être. Peut être parce que c’est une autre forme de traumatisme. Par exemple il y a des parents, je ne sais pas…, des parents qui n’arrêtent pas de dire à leur fille : «Tu est trop grosse ! Tu n’arrêtes pas de bouffer. » Des choses comme cela qui vont traumatiser la petite et elle quand elle sera grande, à son enfant elle va lui mettre des coups, des choses comment ça. Voyez ? ça s’exprime de façon différente en fait. Ce n’est pas forcement toujours la même chose, mais ça reste un traumatisme.

Mariana : Et comment on rompt cela ? Comment casser le : « Je suis traumatisé, je vais traumatiser.» Comment on peut faire ?

A : Comment on peut faire pour la personne qui traumatise ou pour la personne qui est traumatisée ?

Mariana : Pour les deux, pour ne pas répéter ce qu’on a vécu ?

A : Je pense que justement avant d’avoir des enfants, il faut avoir fait ce travail sur soi. Vous savez, il faut savoir faire la part de choses. Par exemple moi si demain, enfin là on parle que des enfants dans les traumatismes, mais il y a plein d’autres choses, mais si par exemple, demain on veux faire un enfant, moi personnellement je sais que je ne pourrais pas parce que je n’ai pas fini le travail sur moi qu’il faut que je fasse parce que dans mon enfance j’ai été traumatisée par de choses et voilà, ça va se répercuter forcement sur mes enfants. Parce que quand on a un enfant, on a une responsabilité après. Donc quand on a une responsabilité, soit on le fait bien, c’est-à-dire qu’on essaye de le faire au maximum bien, pas comment on l’a fait pour nous, comment nos parents l’on fait pour nous, soit on fait exactement la même chose et c’est parce que justement on n’aura pas fait justement ce travail là qui fait que nous apprenons à pouvoir faire la part de choses. Nous on a vécu une chose, mais il ne faut pas que tout le monde vive la même chose.

Mariana : Donc on peut agir sur nos traumatismes ? Même s’ils nous ont marqué à vie, on peut alléger ce poids, cette marque ?

A : Moi je pense que oui. Mais je pense que nous ne pouvons pas le faire disparaître. Mais on peut le gérer et on peut vivre avec, on peut réussir à vivre avec.

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